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Aumônerie Israélite des Armées

 

 

Les mondes perdus

 

 

La sidra Noah nous décrit les premiers pas de l’humanité. A l’aube des civilisations, l’homme se cherche et fait fausse route. Deux sociétés vont successivement se développer et chacune va sombrer à la suite de perversions de nature toutefois différentes.

Ces deux mondes si différents mais voués à l’échec portent les noms de DOR HAMABOUL (génération du déluge) et DOR HAPELAGA (génération de la Tour de Babel). La civilisation antédiluvienne se caractérise par un individualisme absolu. L’homme ne cherche qu’à assouvir ses propres désirs, ses passions, au détriment même de l’existence d’autrui. Prendre, voler, posséder, dominer, voilà les seules motivations humaines. L’autre n’est au mieux qu’un objet, ou pire un obstacle qu’il faut détruire. Cette société a bien évidemment rejeté le Créateur, et le principe essentiel de la Création, le respect absolu des droits de chaque être humain, car tous sont faits à l’image de D. La violence, la guerre et le meurtre sont le lot quotidien de ce monde terrifiant. Les hommes se sont certes inventé des dieux mais ceux-ci leur ressemblent. Ils sont mus par des désirs, des passions et se querellent. Un tel monde n’a pas d’avenir. Si l’homme ne voit dans son semblable qu’un rival à écarter ou à détruire, ou un objet pour assouvir son désir, l’humanité ne peut se construire. Le Créateur tranche : ce monde sera balayé par le déluge.

Seuls Noah et sa famille pourront y échapper ! La deuxième période est marquée par une union sans précédent de toute l’humanité dans la vallée de Babel. Nous sommes au coeur de ce monde mésopotamien décrit par les archéologues comme le berceau de la civilisation. Les hommes sont liés par un projet extraordinaire, celui de bâtir une ville, puis une tour gigantesque dont le sommet doit atteindre le ciel. La Torah nous explique simplement qu’ils avaient le désir de se faire un « Nom », peut-être pour ne pas être oubliés par l’histoire. La Torah précise également qu’ils ont bâti cet édifice avec des briques qu’ils ont entièrement fabriquées eux-mêmes, au lieu de pierres qu’il aurait suffi de tailler. Ce détail insignifiant apparemment a son importance !

Le Midrach Tanhourma nous explique les motivations de ces Babyloniens. Sous la conduite de leur souverain Nimrod, ils désiraient atteindre les cieux pour conquérir ces territoires célestes et les disputer au Tout-Puissant Lui-même. Ils avaient même placé une statue colossale portant un glaive dirigé vers le ciel, au sommet de la Tour ! Le Midrach Rabba explique que la Tour est le fruit de la réflexion des savants (un peu fous) de Babel. Ces « sages » auraient calculé que tous les 1656 ans le ciel « allait leur tomber sur la tête » sous la forme d’un déluge dévastateur. Pour lutter contre ce fléau, il fallait bâtir un pilier gigantesque pour maintenir en place les cieux. Au-delà de l’anecdote humoristique rapportée par le Midrach, il y a tout de même une idée très noble, rassembler les hommes, et rechercher ensemble les moyens scientifiques et techniques pour lutter contre les fléaux naturels de ce monde. N’est-ce pas là une noble et grande cause !

En vérité, le Déluge qui s’était abattu sur l’humanité n’était pas de l’ordre de la catastrophe naturelle, mais bien un châtiment divin. Les deux explications se recoupent. Dans un cas comme dans l’autre, ce qui réside au fond du coeur de ces individus est bien la volonté de s’affranchir du joug divin. Une humanité toute puissante est capable de prendre seule en main son destin. Quel orgueil ! Notre vision juive des choses est bien différente. Il est vrai que l’homme doit faire tout ce qui est humainement possible pour réaliser son projet. Le médecin doit mettre tout ce qui est scientifiquement possible pour guérir le malade, l’économiste doit faire le maximum pour faire disparaître la pauvreté et les scientifiques pour chercher à améliorer les conditions de vie humaine. Toutefois, si l’effort appartient à l’homme, la réussite demeure dans les mains du Créateur. Prendre conscience de ce fait, c’est faire preuve d’humilité, mais aussi choisir de mettre ses pas dans le projet de Celui qui nous a offert la vie. ’homme doit comprendre que l’Eternel a placé en lui d’immenses forces, et qu’il a peut-être le pouvoir de découvrir les secrets extraordinaires du Monde dans lequel il vit. Toutefois, pour grandir, vivre, il faut accepter que nous ne sommes pas seuls à déterminer notre avenir, nous sommes, et c’est là une fonction d’une grande noblesse, les associés du Tout Puissant dans

l’oeuvre de Sa Création !                                                                                                                      

                         Grand Rabbin Bruno FISZON