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Aumônerie Israélite des Armées

 

 

 

Pour une lumière ou un repas ?

 

 

Le Judaïsme se conçoit comme un mode de vie avec, souvent, des contraintes dont nous percevons difficilement le sens. Au-delà des obligations imposées par la Torah, un certain nombre de Commandements (Mitswot) ont été édictés par les Sages d’Israël qui y ont vu une nécessité pour toutes les générations. Au rang de ces commandements rabbiniques figurent, en bonne place, deux fêtes différentes mais complémentaires, tant par leur sens que part leur mode de célébration. Il s’agit de ‘Hanoukka et de Pourim, deux fêtes qui sont bien distinctes tant par leur apport que par les commandements qui y sont afférents.

C’est d’ailleurs un grand décisionnaire, Rabbénou Yaakov ben Asher(1), le Tour (2), qui cite l’enseignement d’un Maître du Moyen-âge, le Maharam de Rothenburg (3) qui considère que faire des repas supplémentaires durant ‘Hanoukka ne constitue qu’un acte facultatif, car cette fête se distingue avant tout par le fait que l’on y chante des Louanges et des prières spéciales (Hallel) pour remercier D.ieu des miracles visibles qu’il a opéré pour le peuple juif. ‘Hanoukka marque aussi la tentative d’extermination spirituelle du peuple juif, marquée par une hellénisation importante de la société juive. Face à ce danger pernicieux qui conduit le peuple juif à l’assimilation la plus totale, seuls quelques uns prennent pleinement conscience de l’impasse dans laquelle se trouve la Nation. Ils décident de réagir et de ramener le peuple juif sur les voies de la Torah. Leur action va finir par être couronnée de succès et le culte va pouvoir être rétabli dans le Temple de Jérusalem, c’est le sens du mot ‘Hanoukka qui signifie inauguration. Mais ‘Hanoukka vient aussi du mot ‘hinoukh, qui signifie éducation ou voie à choisir. Alors que Pourim marque la tentative d’extermination physique du peuple juif décidée par Haman.

Quel sens donner à ces deux fêtes, différentes mais, somme toute, complémentaires ?

C’est Rabbi Joël Sirkis(4), commentant (5) ce passage du Tour, qui donne l’explication suivante à-propos des différences entre ‘Hanoukka et Pourim :

« Pourim se distingue par le fait que l’histoire commence par un festin offert par le Roi Assuérus. Les juifs ont été punis pour y avoir participé. Ils sont tous condamné à mort par Haman. C’est la raison pour laquelle  les Commandements de Pourim sont, surtout,  liés à la nourriture et à des actions physiques, comme l’extermination qui leur était promise. Il y a un jeûne (le jeûne d’Esther, qui marque la privation de nourriture) qui précède la fête. Dans la Méguilla, nous voyons que ce jeûne intervient durant les trois jours précédant la rencontre décisive entre Esther et Assuérus.

C’est pour commémorer les miracles inhérents à cette fête que fut institué, entre autres, un repas de fête le jour de Pourim.

 

A ‘Hanoukka, la problématique est toute autre. Les juifs s’étaient hellénisés au point de délaisser, peu ou prou, la Avoda, le service sacré au sein du Temple de Jérusalem. C’est sur ce point précis qu’ils ont été frappés. On n’a pas tenté de les tuer physiquement mais spirituellement. On a voulu les assimiler au point de faire disparaître intégralement leur identité, en les empêchant d’allumer la Menorah du Temple. La Menorah, symbole de l’élévation spirituelle et de la quête d’absolu d’Israël. Il a fallu qu’un sursaut des forces vives de la Nation permette le retour du sacré dans ce qu’il a de plus beau au sein du peuple juif. Ce retour s’est opéré par le biais des Cohanim, des prêtres [la famille des Hasmonéens].

C’est la raison pour laquelle ‘Hanoukka se distingue, surtout, en dehors de l’allumage quotidien, par le Hallel et les Louanges à D.ieu récités durant les huit jours de fête. »

 

Finalement toutes les batailles des Maccabées n’auront été livrées que pour une lumière… mais quelle lumière, celle de la Torah et de la Tefila qui se doit d’éclairer nos cœurs et nos âmes et nous permettre, par ce biais, une élévation quotidienne, constante, réfléchie et mesurée.

 

Hag saméa’h à toutes et à tous

 

 

Grand Rabbin Daniel DAHAN, aumônier en RTNE

 

1 / Rabbin, décisionnaire et codificateur allemand (1269-1340 Tolède), il émigre avec son père en Espagne en 1317. Il y rédigera ses Arba Tourim, appelé plus communément le Tour, où il synthétise la position des différents décisionnaires.

2/ Tour Ora’h ‘Hayim ch.670 ; § 2.

3/ Rabbi Méir de Rothenburg (c. 1215 Worms  – la prison d’Ensisheim  1293) surnommé le Maharam (Morenou HaRav Meïr) de Rothenburg. Il est considéré comme le plus grand talmudiste  de son époque; il est l’auteur d’une correspondance sur des sujets de halakha  (jurisprudence religieuse) et environ mille de ses réponses ont traversé le temps.

4/ Décisionnaire polonais (Lublin 1561-1640 Cracovie), auteur, notamment, d’un commentaire très important sur  le Tour : le Bayit ‘Hadash [Ba’h] ; ainsi que  des Responsa du  Ba’h.

5/ Ba’h sur le Tour Ora’h ‘Hayim ch.670, s.v. Véhaya omer Maharam